Intervention de Luc Navet Conseiller Provincial sur la non-indexation des subsides aux institutions et associations culturelles

Intervention de Luc Navet Conseiller Provincial sur la non-indexation des subsides aux institutions et associations culturelles

24 octobre 2019

Un budget n’est pas qu’un alignement de chiffres, vous le savez, il est la mise en œuvre d’une vision politique du service public provincial. En termes de politique culturelle, j’aimerais formuler quelques critiques ainsi que quelques propositions.

Alors que le vendredi 29 novembre 2019 une journĂ©e sera organisĂ©e Ă  la citĂ© miroir Ă  la mĂ©moire de Marcel Hicter intitulĂ© : Â« Marcel Hicter retour vers le futur Â», il semble que les fondamentaux que Marcel Hicter a Ă©noncĂ©s en matière de culture soient passĂ©s aux oubliettes de l’histoire.

DĂ©jĂ  dans les annĂ©es septante ce penseur de la culture avait certes rompu avec la notion de Beaux-arts, mais surtout prĂ´nera la pratique culturelle dans son versus anthropologique avec le rĂ´le critique que toutes pratiques culturelles se doit d’exercer. Bien entendu, il avait comme Bourdieu relevĂ© que les classes sociales que gĂ©nèrent l’économie libĂ©rale, exclue, oppose et crĂ©e une compĂ©tition âpre Ă  l’instar d’un vautour affamĂ© prĂŞt Ă  tout pour prendre le meilleur morceau. Pour Marcel Hicter il Ă©tait impĂ©ratif que le projet culturel soit partagĂ© avec les habitants d’un territoire, sans cela la culture Ă©tait relĂ©guĂ©e comme un simple objet de consommation. Ce penseur de la culture dans les annĂ©es 70 avait vu le danger des politiques culturelles qui parce que dĂ©sincarnĂ© et coupĂ© d’une majoritĂ© de la population pouvaient n’avoir qu’un impact marginal sur la sociĂ©tĂ©. Il refusait ainsi qu’une Ă©lite culturelle pense Ă  la place d’une population exclue de toute relation avec le monde de l’art. La question peut ĂŞtre posĂ©e Ă  l’égard de la mĂ©diation de l’art qui ne se pratique que pour le public acquit crĂ©ant un effet pervers d’un renforcement de la connaissance de code auprès d’une minoritĂ© ayant accès Ă  la quintessence de la crĂ©ation contemporaine. 

Comment transformer la formule de la fĂ©dĂ©ration Wallonie Bruxelles « la culture pour tous Â» – « en la culture avec tous Â» ? Dans cette logique, l’éducation permanente reste d’actualitĂ©, les centres culturels, les bibliothèques, les centres de jeunes et les CEC en sont porteurs.

A la lecture du budget provincial 2019, on ne peut que regretter que les subsides aux institutions et associations culturelles ne soient pas indexĂ©s. Pratiquement, aucun montant dans les dĂ©penses de transfert consacrĂ©es Ă  la culture ou aux arts n’a subi d’augmentation significative. Plusieurs institutions et associations culturelles sont pourtant confrontĂ©es Ă  des difficultĂ©s financières avec parfois des menaces qui pèsent sur l’emploi.   

Tous ces opĂ©rateurs sont confrontĂ©s dĂ©sormais Ă  tenter le lourd processus des appels Ă  projets qui leur permet dans le meilleur des cas d’équilibrer leurs budgets. Et la province ne fait pas exception dans ce domaine. La mĂ©thode de l’appel Ă  projet est une mise en compĂ©tition d’opĂ©rateurs et est Ă©nergivore et excluante ; elle s’oppose aux valeurs de solidaritĂ© et d’entraide, valeurs que nous partageons au PTB.

Enfin, j’aimerais que l’on m’explique ce qui se cache derrière cette phrase de la dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale page 6 Ă  propos du château de Jehay : « Le projet scientifique et opĂ©rationnel sera dĂ©fini par les responsables permettant de dĂ©buter le travail de musĂ©ographie. Â»

La question de l’expertise est souvent lourde sur le budget lorsque l’on a recours à l’extérieur, alors que l’expertise existe au sein même de notre service culture où des agents avec des qualifications universitaires recouvrent des compétences en histoire, histoire de l’art ou communication. Cette pratique qui consiste à considérer que les compétences ne seraient pas au sein de l’administration génère beaucoup de tensions et de frustrations légitimes auprès des travailleuses et travailleurs. Les travailleuses et travailleurs de nos services méritent une attention à l’égard de leurs qualifications et expériences acquises au sein de la Province. De surcroît, les tarifs des experts sont généralement prohibitifs avec parfois même, cerise sur le gâteau, une expérience de terrain plus que relative et une méconnaissance de la réalité de l’institution provinciale.

Enfin, la pratique culturelle demande de crĂ©er une relation avec les habitants d’un quartier, d’une ville ou d’une commune, d’une rĂ©gion et d’un pays. L’enjeu est bien d’arrĂŞter de penser pour l’autre, d’imaginer ce qui lui est bon, mais de coconstruire le projet : cela s’appelle : la dĂ©mocratie culturelle.   

Marcel Hicter a mis en lumière l’importance de la construction du projet par les citoyens. C’est lui qui est à l’origine du concept de démocratisation de la culture. Le budget provincial 2020 ne montre aucune velléité d’investir dans ce sens.

A titre d’exemple la triennale d’art public qui sera organisĂ©e en collaboration avec le musĂ©e en plein air du Sart-Tilman et la commission des arts de la rĂ©gion wallonne sera d’emblĂ©e confrontĂ©e avec le problème de l’absence de concertation avec la population. Je m’étonne que cette Ă©dition soit organisĂ©e Ă  Liège au moment oĂą la ville est devenue quasi impraticable Ă  cause des travaux. L’état de la ville va forcĂ©ment rebuter bon nombre de visiteurs. A titre d’exemple, n’est-il pas regrettable que l’on oublie d’inviter les agents compĂ©tents de l’administration aux rĂ©unions destinĂ©es Ă  penser le projet et de rĂ©duire leurs expertises Ă  la simple confection d’une liste d’artistes. Cet exemple peut ĂŞtre ressenti par les agents comme un manque de considĂ©ration pour l’intelligence et la rĂ©flexion qu’ils peuvent apporter aux projets culturels. Cette pratique creuse un fossĂ© entre le politique et l’administration, elle ne peut que rendre moins efficient un pouvoir public et dès lors la place de l’un et de l’autre devient floue.         

Le projet d’art public organise la mise en place d’œuvres dans l’espace commun, il est une responsabilité des pouvoirs publics, cependant il est impératif de préparer les habitants d’une ville, d’un quartier à l’arrivée d’une œuvre, sans cela, la rupture avec l’art actuel sera renforcée. Le travail de médiation commence avant la création de l’œuvre par la rencontre préalable entre les artistes et les habitants.

A ce sujet je vous invite Ă  prendre connaissance des pratiques instituĂ©es par « les nouveaux commanditaires Â»

Enfin pour conclure sur le budget « Culture Â», le PTB souhaite formuler deux propositions concrètes. Partant du constat du peu de pratiques de transversalitĂ©s et du cloisonnement entre les diffĂ©rents projets, le PTB prĂ´ne la crĂ©ation d’une cellule transversale pour le service culture oĂą des agents de secteurs diffĂ©rents pourraient se croiser et Ă©changer leurs connaissances.

Toujours pour donner du sens au travail de tous les agents, le PTB souhaite qu’un article budgétaire soit ouvert pour financer l’évaluation nécessaire de l’impact des actions culturelles sur les populations concernées. Car c’est avec ce type de mesures que l’on donne du sens au travail des agents. Ce processus pourrait davantage rapprocher l’institution provinciale du citoyen, ce qui est également un souhait du PTB.

Marcel Hicter

 Dans son texte de prĂ©sentation des “Assises culturelles” (1977), il indique qu’“il n’y a pas de culture extĂ©rieure Ă  l’Homme, pas de matière culturelle Ă  quoi il faut faire accĂ©der le peuple, qu’il faut porter au peuple, que l’on puisse lui contreplaquer. La culture n’est ni la connaissance ni l’érudition ; la culture est une attitude, une volontĂ© de dĂ©passement personnel total, de son corps, de son cĹ“ur, de son esprit, en vue de comprendre sa situation dans le monde et d’inflĂ©chir son destin…

Merci pour votre écoute